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Lettre d'ailleurs nº 163

Publié le par Veilleurs

Lettre d'ailleurs nº 163
Dans laquelle on apprend qu’il n’y a pas plus de poisson au Sahara que de beurre en broche, en avril comme le reste de l’année !
Mais nous en sommes à une rédaction de rapport par le lieutenant Fuhr…

La caisse noire (suite) (3 pour Tony Vivar)

“Le lieutenant peinait sur une phrase qui venait mal, lorsque la porte du bureau du commandant s’ouvrit à grand bruit.
Fuhr, stupéfait par cette intrusion, aperçut un civil rouge de colère, au bord de l’apoplexie, suivi de Van Kerbergen qui agitait ses bras comme les ailes d’un moulin et d’une sentinelle manipulant son fusil comme s’il se préparait à donner l’assaut. Le trio présentait tous les signes visibles d’une agitation intense et d’une émotion considérable.
- « C’est la première fois qu’on me bloque comme un malfaiteur dans un poste de police. Je suis l’intendant Candéla, directeur de l’intendance des Territoires du sud, par conséquent votre intendant. Vous ne pouvez pas ne pas connaître mon nom, mes fonctions et ma personne, puisque je viens assez régulièrement vous contrôler. Or, ayant donné mon nom et précisé mes fonctions, après avoir indiqué que je voulais voir le commandant de compagnie, voilà qu’on me confie à une sentinelle qui m’interdit de sortir. J’en rendrai compte au général commandant la région militaire. J’attends vos explications. »
- « Monsieur l’intendant, je vous prie d’accepter toutes mes excuses. L’adjudant de compagnie m’a bien renseigné. Cependant, je viens d’arriver depuis peu de temps ici. Je remplace le capitaine qui se trouve en mission. Nous sommes le premier avril et j’ai imaginé, j’en suis navré, qu’on m’avait monté une farce. Comme vous aviez effectué un contrôle il y a peu de temps, j’ai pensé que la farce était mal ficelée. Par ailleurs jamais une autorité quelconque ne vient ici sans avoir été annoncée, par simple souci de sécurité. La route est pleine de pièges et de dangers. Je suis responsable de votre sécurité à condition de savoir votre lieu de départ, l’itinéraire et l’heure probable d’arrivée. Enfin, vous n’avez pas pu présenter de carte d’identité militaire et vous étiez en tenue civile, ce qui a renforcé mon idée d’un canular. Quel est le motif de votre visite et que puis-je faire pour vous ? »
- « En vérité je viens d’effectuer une reconnaissance, à caractère confidentiel, en vue d’une implantation future non encore décidée, pas très loin de votre garnison, au sud-est, vers la frontière. Je suis reparti très tôt ce matin avec l’intention de ne pas m’arrêter ici. Je suis tombé en panne à cinq ou six kilomètres de chez vous. Impossible de trouver ce qui était défectueux. J’ai finalement laissé le chauffeur sur place, pour qu’il remonte ce qu’il avait démonté et je suis venu vous demander de me dépanner. Je n’ai pas jugé utile de revêtir mon uniforme. Mes papiers d’identité sont avec ma tenue dans le coffre de la voiture. Comme le dépannage prendra un certain temps, je vais en profiter pour vérifier votre comptabilité et inspecter le foyer et l’ordinaire. Je repartirai lorsque ces opérations administratives seront terminées, ce qui ne devrait pas demander trop de temps, compte tenu de l’inspection précédente assez proche. Bien entendu ceci sous réserve que ma voiture soit réparable par votre atelier ! Dans le cas contraire je vous demanderai de me prêter un véhicule de liaison pour rentrer. Mais je suis certain qu’un atelier de la Légion trouvera le moyen de remettre ma voiture en état de marche rapidement. »
- « Monsieur l’intendant, permettez-moi de vous conduire au mess des officiers et accordez-moi quelques instants pour donner les ordres nécessaires au dépannage et à vos inspections. »
- « Non, d’abord la caisse ! Pendant que je compterai l’argent vous aurez tout le temps de donner vos ordres. »
« Fuhr accompagna l’intendant au bureau de l’officier des détails, dont le responsable était l’adjudant Laurier. Toujours un peu tendu il fit brièvement les présentations, ce qui n’était pas nécessaire puisque l’un et l’autre se connaissaient ».
- « Laurier, conduisez monsieur l’intendant au coffre-fort pour faire la caisse et arrêter le livre de comptes. »
- « Encore ! Il y a tout juste deux mois que la caisse a déjà été contrôlée. J’ai à peine fini de payer la solde et je suis en plein apurement des comptes. » se plaignit l’adjudant Laurier en montrant des signes d’agacement manifeste ».
Drôle de personnage que ce sous-officier qui occupait une fonction d’officier, avec brio, mais d’une manière rugueuse et sèche. On connaissait mal son passé, car il était plein de réticences et n’en parlait pratiquement pas. Marié avant son engagement à la Légion, sa femme l’avait rejoint. Tout ce que l’on savait sur lui venait d’elle. Jadis, ingénieur militaire de haut niveau, issu d’une grande école, il semblait, paraît-il. Se complaire dans une rigueur pointilleuse qui agaçait beaucoup ses supérieurs. Son pessimisme et son entêtement à bloquer la machine administrative, dans une affaire de présérie qui paraissait présenter toutes les garanties requises et pour laquelle il refusait obstinément de donner son aval technique, avait indisposé toute sa hiérarchie. On l’avait alors muté dans un établissement, à des fonctions nouvelles qui ne correspondaient pas à son rang ni aux capacités qu’il s’attribuait. Il avait donc estimé de son devoir d’adresser au ministre un rapport incendiaire et venimeux où il mettait en cause la compétence, les capacités intellectuelles et l’honnêteté de plusieurs de ses supérieurs. L’enquête diligenté par le ministre, avait montré que ces accusations étaient sans fondement et suggéré qu’il devait s’agir d’un cas de paranoïa relevant de la psychiatrie. Laurier avait été mis aux arrêts de rigueur. Il les avait accomplis bruyamment, comme la preuve que le ministre lui-même faisait partie de cette bande de prévaricateurs puis, avait donné sa démission, après une grève de la faim. Elle avait été acceptée immédiatement.
Il avait trouvé assez facilement, grâce à l’amicale très active de son école, une excellente situation dans une grande entreprise privée, vouée à l’industrie automobile et aux pneus. Mais, au bout d’un certain temps, il avait été prié de passer à la caisse, pour compression de personnel et suppression de poste. Son comportement, son intransigeance et une tendance à critiquer violemment les échelons au-dessus de lui, étaient la vraie cause de son rejet. « Mon seul motif était de nettoyer toutes ces écuries d’Augias », disait volontiers Laurier dans les rares moments où il évoquait son passé, lorsque le sujet portait sur l’honnêteté.
– « Je ne supporte pas la malhonnêteté et l’à-peu-près. C’est mon vice. Mais, dans les diverses fonctions qu’il m’a été donné de remplir, j’ai été manipulé comme un collégien. Je suis la victime d’une société qui se pourrit par le haut. C’est toujours le Christ qu’on crucifie et Barabbas qu’on libère. »
(à suivre...)
Antoine Marquet

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Lettre d'ailleurs nº 162

Publié le par Veilleurs

Lettre d'ailleurs nº 162
La caisse noire (suite).
Où l’on se demande si les poissons d’avril existent au Sahara…
« C’était bien sûr le moment précis qu’avait choisi le colonel commandant les Territoires du sud pour déclencher une mission de reconnaissance au cœur de l’erg le plus désertique du Sahara, l’erg Chech, considéré par les rares voyageurs qui avaient pu en revenir, comme le désert du désert et l’enfer du Sahara. En raison de son importance, une telle mission revenait de droit au commandant de compagnie lui-même. La région à explorer figurait sur les cartes de l’Institut géographique national comme une terra incognita où le dessinateur avait dessiné des cordons de dunes aux formes harmonieuses, avec quelques points d’interrogation pour marquer l’ignorance des cartographes. Le lieutenant Fuhr, lieutenant en premier, venait d’arriver. Il ne connaissait rien au Sahara et à ses problèmes. Il devait au préalable faire ses preuves, dans une accoutumance progressive aux rigueurs et aux pièges d’un univers tout à la fois hostile et envoûtant.
Le lieutenant en second, von Borzyskowski, aurait pu assumer une mission de cette nature. C’était un vieux saharien, un chef expérimenté et plein de ressources. Mais, par une indiscrétion bienveillante, venue d’un état-major régional, on savait qu’une inspection technique « inopinée » des matériels automobiles, devait avoir lieu peu de temps après le retour de l’expédition. Comme il était le responsable des ateliers de réparation de la compagnie, il fallait qu’il demeure à son poste afin de la préparer soigneusement. On était habitué à recevoir les félicitations du niveau le plus élevé de la hiérarchie en Algérie, pour la qualité de l’entretien. Les autres chefs de section ne faisaient pas le poids pour une mission d’exploration comportant autant de personnels, de matériels et d’implications diverses.
C’est ainsi qu’un beau matin, le capitaine s’en alla très loin vers le sud, après avoir confié ce qui restait de sa compagnie au lieutenant en premier, avec une caisse noire complètement vide, une comptabilité à vérifier soigneusement et quelques indications assez laconiques concernant la conduite à tenir vis-à-vis du gérant du foyer, si par aventure le manque d’argent, la maréchaussée ou, sait-on jamais, un improbable remords le ramenait.
Les jours qui suivirent le départ du capitaine furent très denses pour Fuhr qui assumait son commandement par intérim, tout en découvrant une formation militaire pas banale et d’une diversité considérable. Certes, il avait déjà une bonne expérience de la Légion. Il y était d’ailleurs né puisque son père y faisait carrière à sa naissance. En sortant de Saint-Cyr, il avait pu s’y faire affecter. Cependant, dans une Saharienne, c’était un peu spécial. Les tâches couvraient une gamme très étendue. Les personnels, envoyés servir en terre lointaine, présentaient souvent des caractéristiques particulières. La maison mère, à Sidi-Bel-Abbès, mutait parfois des personnalités difficiles, des caractériels, aux ressources multiples mais aux réactions imprévisibles en pensant que le désert et l’éloignement les calmeraient, tout en leur permettant d’exercer leurs talents. On expédiait aussi quelques vieilles figures, au passé légion chargé, mais qui manifestaient une repentance de bon aloi et le désir affiché, avec peut-être un peu trop d’ostentation, de repartir du bon pied.
Fuhr n’avait que trois mois d’ancienneté de plus que von Borzyskowski. Il s’était vu désigné pour éviter que ce dernier ne conserve les fonctions de lieutenant en premier, en raison d’une inclination naturelle un peu trop accentuée envers les personnels d’origine allemande qu’il favorisait. Fuhr craignait que ce vieil officier, très remarquable dans son efficacité, ne lui tienne rigueur d’une mutation qui pouvait engendrer une blessure d’amour-propre et être très ressentie comme un déclassement.
Or, les deux premières semaines après le départ du capitaine se déroulèrent sans problème. Von Borzyskowski ne ruait pas dans les brancards. Il se confinait dans ses ateliers, apparemment préoccupé par la future inspection. Il paraissait amical et détendu. Les jeunes chefs de section et les sous-officiers supérieurs assumaient leurs tâches diverses d’une manière parfaite. Les affaires de discipline se maintenaient au même niveau, plutôt faible, qu’antérieurement. Les notes de service et les états demandés par les diverses autorités hiérarchiques, ne présentaient pas de problèmes ardus et ne cachaient aucun piège, semblait-il. La porcherie s’était enrichie d’une douzaine de porcelets et le garde-cochons, éthylique notoire, traversait une période heureuse, peut-être à cause d’un surcroît de travail qui l’incitait à une sobriété relative, mais perceptible. Aucun clignotant rouge ne s’allumait. La compagnie tournait bien rond en ce matin du 1er avril 1947.
Vers dix heures, au milieu de la matinée, l’adjudant Van Kerbergen, qui remplissait les fonctions d’adjudant de compagnie et de responsable du service général, vint prévenir Fuhr qu’un civil, venu à pied, s’était présenté comme étant le directeur de l’intendance des Territoires du sud et désirait voir le commandant d’unité. Il avait donné son nom. Quelque chose comme Chazelle, sans certitude. Il se trouvait dans le poste de police et paraissait poussiéreux, fatigué et tendu. Il ne possédait pas de carte militaire d’identité sur lui. Se souvenant qu’on était un premier avril, Fuhr haussa les épaules.
- « Van Kerbergen, tu me parais à jeun ce matin, j’en jurerais ! C’est un coup tordu à cause du premier avril. On se demande bien pourquoi le directeur de l’intendance, qui se trouve normalement à Alger, viendrait à pied, sans se faire annoncer et en tenue civile. Tu m’as dit qu’il était arrivé par l’entrée sud. Alger est au nord. Va te faire voir avec cette histoire à dormir debout. Par souci de sécurité, à cause des difficultés routières, personne ne doit venir ici sans prévenir. J’ai du travail et pas de temps à perdre avec une farce aussi grotesque. »
- « Mon lieutenant, je vous ai dit la vérité. Je ne mélange jamais la rigolade et le service. Il y a un civil qui désire vous voir. On le garde à vue dans le poste de police. Qu’est-ce que je dois faire ? Continuer à le maintenir au poste de garde, le mettre en prison ou le jeter dehors ? »
- « Qu’il aille au diable ! Laisse-moi travailler ! »
- « A vos ordres mon lieutenant ».
Fuhr est furieux, encore qu’un petit doute l’agite un peu. Ça doit être un coup des jeunes chefs de section ou des sous-officiers. Le directeur de l’intendance ici, sans avoir fait prévenir, sur des routes impossibles, arrivant en civil et à pied, un premier avril, voilà une histoire invraisemblable et grotesque. On veut le tâter. Il faut découvrir ceux qui ont monté ce canular et, mine de rien, les envoyer en bivouac dans le bled, après une marche de nuit dans la montagne. Ils ont trop l’habitude des déplacements en véhicule, ces seigneurs du désert ! Une marche dans le djebel les recadrera avec la réalité. Ils feront attention la prochaine fois à ne pas essayer de telles facéties. Cela n’est même pas astucieux, cette plaisanterie ! Puis le lieutenant revint à ce qu’il faisait avant d’avoir été interrompu par le chef du service général : un épineux rapport à adresser au colonel commandant les Territoires du sud, pour expliquer pourquoi la sanction infligée à un certain légionnaire X, coupable d’avoir, lors d’une virée à Colomb-Béchar, transformé la tête du sergent responsable de la patrouille de police en punching-ball, s’avérait d’une mansuétude incompatible avec la gravité des faits. La consigne ne doit sanctionner que des fautes mineures et non des voies de fait. »
Mais en fin de comptes existe-t-il des poissons d’avril au Sahara ?
Dans la mer il existe des poissons volants… mais ils ne constituent pas la majorité du genre*… alors au Sahara… vous le saurez demain dans ma nouvelle Lettre d’ailleurs.
Antoine Marquet

* Réplique de Jean Gabin dans « Le Président » film d’Henri Verneuil, d’après le roman de Georges Simenon adapté par Henri Verneuil et Michel Audiard.

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Lettre d'ailleurs nº 161

Publié le par Veilleurs

Lettre d'ailleurs nº 161

Une fois n’est pas coutume...

Le texte qui suit n’est pas de moi. J’ignore le nom de son auteur comme j’ignore comment il est venu jusqu’à moi sous la forme de photocopies de pages d’un document relié par une spirale en plastique… Il raconte un épisode très intéressant de la vie à la Légion « du temps des Intendants Militaires ». Je connais un des acteurs principaux de cette histoire. Il a été mon chef de corps entre 68 et 70. Je l’ai revu en l’an 2000, modestement assis au fond de la salle de la Fondation Singer-Polignac, à Paris, où se déroulait un colloque sur la Légion étrangère, à la préparation duquel j’avais participé pendant un an. Cet homme que j’ai apprécié et qui se trouvait là, anonyme, s’appelait Fuhr. Il était général de corps d’armée en 2è section. Après cette rencontre il m’a écrit deux fois. Puis il est mort ignoré de la majorité... Pourtant, après le colonel Chenel, il avait tenu la place qu’occupe aujourd’hui le COM.LE. L’histoire que je me propose de vous rapporter est ancienne… longue, raison pour laquelle elle fera l’objet de plusieurs « Lettres d’ailleurs ». Comme un conte d’été… son titre :

La caisse noire

« Aucun chef d’une unité de Légion qui se respecte ne peut se passer d’une caisse noire, qu’il gère scrupuleusement comme un bon père de famille, en tenant sa comptabilité avec un soin extrême. Alimentée (jadis. Ndlr) par des ressources inavouables elle autorise, sans faire appel à la hiérarchie, des réalisations de toute première nécessité que l’administration refuserait car non prévues par les règlements militaires toujours en retard d’une génération. Elle permet aussi d’améliorer considérablement le cadre de vie par un environnement digne d’une unité de qualité, soucieuse de son prestige. Enfin, elle permet de recevoir correctement ceux qu’on apprécie, parce qu’ils savent aimer et aider la Légion.

Cette précieuse caisse est alimentée, en général, par des versements mensuels à peu près réguliers et par d’autres, tout-à-fait occasionnels. Dans le flux constant des recettes figure, sous forme de dons aux « œuvres de la Légion étrangère », la taxe prélevée sur les amours tarifées des dames de petite vertu qui, dans le sillage de la Légion, vivent de leurs charmes. C’est une juste rétribution pour le chef responsable qui inspecte régulièrement les lieux de plaisir, vérifie leur salubrité et se fait présenter les jeunes femmes pour s’assurer qu’elles sont en bonne santé, qu’elles n’ont aucune réclamation à formuler, qu’elles semblent de tenue irréprochable et manifestent une inclination de bon aloi en faveur des légionnaires. Il y a parmi ces recettes inavouables, celles procurées par une porcherie dont l’existence est connue de tous, mais que le contrôle et l’intendance feignent d’ignorer dans leurs vérifications et les « enveloppes » remises par les fournisseurs de la Légion à l’occasion des cérémonies militaires et de la Noël. Les recettes occasionnelles ne méritent pas d’être détaillées car elles se présentent sous une forme aléatoire et fortuite. Mais comme tout ce qui relève du hasard, elles engendrent des rentrées assez constantes sur de longues périodes. Une caisse noire bien pourvue constitue une sorte de sésame. Elle autorise des audaces par sa seule existence et permet des réalisations de prestige lorsque la nécessité le demande. Elle donne de l’audace au responsable qui la gère cependant avec prudence et une honnêteté avaricieuse.

Le jour où commence cette histoire, un peu avant 1950, le capitaine commandant la compagnie saharienne portée de Légion (C.S.P.L.) d’A…, ne décolérait. Le gérant du foyer avait disparu avec toutes les liquidités de cet organisme en choisissant bien son jour, un lendemain de solde. En même temps que lui, la fille d’un employé des services municipaux, un ancien légionnaire, s’était enfuie laissant un mot pour dire qu’elle ne pouvait résister à la passion qui la submergeait dans la personne d’Otto, le gérant du foyer de la compagnie. La totalité de la caisse noire suffirait tout juste à boucher le trou ouvert par cette désertion stupide d’un gradé jusque-là parfaitement correct. On sait que l’amour peut rendre fou, mais à ce point-là, c’est trop cher. Il reviendrait. La chose apparaissait certaine. On le récupérerait, mais en attendant, le plus important consistait à clore habilement le rapport sur cette stupide affaire, pour ne pas voir s’ouvrir une enquête administrative, toujours génératrice d’ennuis majeurs sur le motif de détournements de fonds appartenant à l’État.»…

À suivre…

Antoine Marquet

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Humilité

Publié le par Veilleurs

Humilité

 

               vanitas vanitatum et omnia vanitas (Ecclésiaste XII-8)

 

Un  de mes anciens chefs, pour lequel j’ai énormément d’estime, me disait lors de notre dernier entretien que ce qu’il avait appris au contact de ses légionnaires, était l’humilité et qu’il avait été très surpris de constater de grandes qualités cachées par des gens simples qui affichaient une discrétion exemplaire et surprenante en certaines occasions cruciales.

Fort de ce constat, l’image qui me vient à l’esprit concernant l’humilité est celle d’un miroir qui reflète la réalité sans la déformer. Un miroir n’est jamais troublé par ce qu’il contemple, toujours se dessine l’image d’une humilité qui consiste, tout simplement, à voir ce qui est, à être dans le vrai. L’humilité est un exercice qui nous empêche de nous replier sur nous-mêmes quand elle nous invite à être en liaison avec un monde sans pitié, dans notre intérieur sans nous replier sur notre nombril… L’humilité est souvent le fruit de la traversée d’épreuves car nous sommes alors confrontés à nos limites, à notre faiblesse, à notre dimension humaine.

Être vrai ! Ce n’est pas chercher à être vrai mais c’est aussi ne pas en rajouter. Ce qui contrarie l’humilité, c’est la prétention.

Dans le “pourquoi vit-on ?”, on est peu de chose, nous nous savons condamnés à mort, c’est une chose certaine et incontournable. Que restera-t-il de nous ? Rien ou pas grand-chose. Voilà bien une invitation à savourer l’humilité.

La vie n’est qu’humilité puisqu’il n’y a pas de sens à l’existence de même qu’il n’y a pas à chercher pourquoi nous existons. De ce fait, nous, anciens légionnaires, nous nous trouvons  souvent à nous demander comment avoir le sentiment de vivre le présent, en nous donnant le maximum de ce que nous sommes aujourd’hui, comme le dit dans son journal “une vie bouleversée” Etty Hillesum: “Je suis fait entièrement pour ce que je fais à la minute même”.

Finalement, apprenons que nous sommes peu de chose et que nous devons, surtout, vivre le moment présent sans nous croire plus que ce que nous sommes en réalité, mais tels que nous présente le miroir du temps qui passe et qui nous donne l’image d’un naufrage programmé et qui nous impose beaucoup d’humilité.

 

CM

 

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En vrac et contre tout

Publié le par Veilleurs

En vrac et contre tout

Idées

 

En ouvrant Facebook, je retrouve quelques camarades qui donnent leur avis sur tout et qui, en grande majorité, sont très “remontés” contre le gouvernement actuel et expriment, avec leurs mots et pas toujours dans la dentelle, l’espoir de voir en 2017 un grand changement. Pour ma part, l’inquiétude  de ne   pouvoir choisir celui ou celle qui bénéficierait de mon vote pour l’élection présidentielle de 2017 se fait de plus en plus pressante. Seul le fait de savoir pour qui je ne voterais pas me tranquillise… un peu.

Je me souviens que ma mère disait dans les années 50, qu’en l’an 2000 l’homme serait allé sur la lune et que les robots remplaceraient  les ouvriers. Elle ne pouvait imaginer le monde tel qu’il se présente aujourd’hui avec internet, le téléphone portable et que la puissance des bombinettes d’Hiroshima et de Nagasaki serait décuplée au point de pouvoir faire sauter la planète toute entière.

Paul Veyne, communiste un temps et ancien porteur de valises du FLN, n’en est pas moins intéressant dans son livre, “Et dans l’éternité je ne m’ennuyerai pas”, prix fémina essai 2014, où il écrit sa traversée du siècle avec des réflexions profondes, récits d’expériences personnelles parfois douloureuses de ses années  de guerre 39-45: “Les grandes personnes récriminaient contre la présence de trop d’étrangers, causes de tous les maux. Mais chose curieuse, elles en reparlaient sans cesse, hors de propos et à propos de tout, comme si cette idée, loin de les accabler, les soulageait.”

En fait, pendant la guerre, la masse de la population française se souciait plus des restrictions que de l’occupation et de la défaite. C’est humain! En un mot comme en cent, les Français en majorité n’étaient pas “attentistes” mais impuissants,  ils n’étaient pas contre l’occupant, ils n’avaient, tout simplement pas d’idées, la nation oui, mais les soucis d’intendance passaient en priorité il s’agissait avant tout de trouver à manger pour sa famille... Aujourd’hui, encore, les gens ont très peu d’idées et se laissent embarquer par celles de dirigeants exécrables, aidés qu’ils sont,  par des médias soudoyés, très disciplinés et sans lesquels ils ne pourraient réformer de la manière dont leur   politique nous l’impose.

Pour l’heure, je penche pour le vote blanc en espérant qu’un jour, celui-ci prendra plus d’importance qu’il n’en a aujourd’hui et qu’il contribuera à lutter contre l’abstention mais surtout qu’il orientera  les suffrages exprimés. Que penser d’une société qui se veut démocratique et qui est représentée par un président de la République voulu par seulement 2 à 3 votants sur 10 inscrits, où donc est cette sacro-sainte démocratie et sont mode de  vote? Il y a une grande urgence  à changer notre système de vote…

 Sans arrières-pensées, j’ai beaucoup apprécié que les pompiers aient pu, enfin, intervenir dans les quartiers nord de Marseille sans se faire caillasser. Il est vrai que ce terrible incendie qui lèchait les abords de la ville par le nord, ne permettait pas aux habitants de ces cites, à majorité d’origine africaine, maghrébine et sub-sahelienne d’avoir des idées…

Avoir des idées? J’aime  à me rémémorer  ce que disait en 1924, Alexandra David-Néel, écrivain et exploratrice qui fut la première femme à séjouner au Tibet: “Je croyais que mon dégoût du monde avait atteint le maximum mais, il s’est encore accru. Je ne peux plus jeter un regard sur les journaux. La stupidité, la veulerie, la méchanceté qui s’y étalent me font souhaiter un nouveau déluge pour engloutir tous ces médiocres coquins. Il n’y a de bon que les plantes sauvages, les montagnes, le ciel et les nuages.” Elle oubliait les chiens! Et d’ajouter en 1926: “Sur la Côte d’Azur comme dans les environs de Paris, on voit des affiches de lotissement partout, c’est hideux… La mentalité qui doit se développer dans ces cabanons nous promet une jolie race”. Bien entendu ce que le mot race inclut reste à déterminer  dans le nouvel espace lexical, bien que je sois enclin à penser qu’elle mentionnait par-là ce qu’elle entendait par  “le type d’homme à venir”   et cette vision ne pouvait mieux définir ce que sont devenus nos ghettos banlieusards, souvent voulus par leurs habitants eux-mêmes. Cette grande dame ne pouvait, comme ma mère, penser  que notre société allait subir l’affrontement de trois religions, deux anciennes qui n’ont jamais cessé se s’affronter depuis des siècles et une petite nouvelle qui s’impose avec ses grandes messes et ses grands prêtres, qui a pour nom laïcité   qui déteste   tout ce qui touche de près ou de loin  au concepte de société “judéo-chrétienne” !

Nous ne savons pas profiter des leçons de notre histoire ainsi nous nous appitoyons sur le sort de nos poilus, de ce qu’ils ont subi, commémorations du centenaire de la Grande Guerre obligent, mais il serait intéressant de s’attarder sur le fait que presque tous les soldats revenus vivants des tranchées étaient devenus des pacifistes convaincus et qu’ils considéraient les dix millions de morts de cette Grande Guerre comme un massacre inutile. Attitude sans conséquence puisque le temps d’une génération humaine plus tard, tout recommence de plus belle avec encore plus de haine et encore plus d’atrocités. Il est vrai qu’il fallait réagir aux actions belliqueuses de nos voisins  humiliés et revanchards qui imposaient au monde une politique nouvelle: le nazisme qui fit environ soixante millions de victimes… 6 fois plus malgré le “plus jamais ça !”…

Aujourd’hui, paraît-il, nous sommes toujours en guerre, agressés par une communauté islamique qui s’étend, s’impose et gagne du terrain. Notre faiblesse vient de ce que nous avons peur d’eux, n’est-il point vrai que partout dans le monde on tue au nom de l’islam ? Finalement qu’est-ce que l’Islam a apporté à l’humanité si ce n’est la violence, l’esclavage et la mort ? A l’heure actuelle, les “patriotes” prônent un laïcisme agressif mais uniquement à l’égard des chrétiens. Nous n’osons pas dire que notre civilisation est en danger de mort et surtout nous n’avons pas réellement de volonté, d’idées. Une certitude s’impose: ce n’est sûrement pas le gouvernement actuel qui peut apporter un remède à la chose, mais, peut-être, qu’en 2017, les Français auront des idées… et un guide qui en aura suffisamment dans le caleçon   pour appeler un chat, un chat, et faire ce qu’il dit qu’il fera !

 

CM

 

 

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de Dunkerque à Perpignan et de Brest à Vintimille

Publié le par Veilleurs

de Dunkerque à Perpignan et de Brest à Vintimille

Je n’ai heureusement jamais retrouvé un tel niveau de haine dans le regard d’un jeune d’origine nord-africaine ressentie à Toulouse sur la place du Capitole.  Marque indélébile, encore aujourd’hui, mon épouse et moi-même restons interloqués  par autant de répugnance affichée et, croiser un tel personnage est particulièrement perturbant: “quoi? qu’est-ce qu’elle à ma gueule ?”.

Marseille 2012: Je regarde curieux, l’attitude de “patrouilleurs” qui s’observent en se croisant dans une rue commerciale de la ville. L’une d’elles est composée de CRS en mission et l’autre d’un grand nombre de jeunes originaires d’outre-Méditerranée, bande constituée avec un chef et ses pions ; je crois bien avoir vu gesticuler une espèce de “fou du roi” satellite hilare et provocateur du groupe.

Bagnolet 2014: Enfin retraité, je demeure dans le célèbre 9-3 où quotidiennement, sans but apparent, des jeunes issus de l’immigration déambulent bruyamment dans ma rue confirmant, si besoin était, que “la rue appartient bien à celui qui y descend”.

Firminy 2016: Je souhaite venir lire à la fraîche dans un parc à Firminy, l’accès est rendu difficile, il me faut déranger à l’entrée une bande de jeunes d’origine maghrébine aux regards haineux et dégoutés, franchir cette herse sauvage, pour ensuite subir, à me faire frôler par des “frelons à bicyclettes”, provocations rendues possibles par un évident sentiment d’impunité malgré la proximité d’un commissariat de Police hautement climatisé.

Et c’est ainsi de Dunkerque à… Perpignan (j’allais dire à Tamanrasset); désormais, nulle part en France personne n’est à l’abri, chacun constate et subit dans son environnement immédiat, l’existence de ces bandes, qui circulent souvent en voiture de luxe, véritables kiosques à musique ambulants.

Au lendemain des attentats qui ont bouleversé la France, nous assistons à  la grande parade de l’hypocrisie où, chacun y va de son couplet, expliquant d’un ton moralisateur les très nombreuses solutions sans oser montrer du doigt les vrais coupables et complices, qui prédisent pour notre avenir un enfer de terreurs par attentats programmés ailleurs, sous d’autres cieux. Même le Pape s’y met, dans sa dernière interview. Tout se mélange. Pour lui, les djihadistes ne se recrutent pas au pôle-emploi (encore heureux) et ne sont pas issus de la “racaille” des banlieues,  précisant si besoin était: “combien de jeunes, nous Européens, avons-nous laissés vides d’idéal, qui n’ont pas de travail, s’approchent de la drogue. Le terrorisme grandit lorsqu’il n’y a pas d’autre option…” décidément, j’ai de plus en plus de mal à me reconnaître dans ce pape, et j'en suis aujourd’hui, presque, à vouloir un “catho-schisme” !

En fait, tous ces jeunes, sont devenus aujourd’hui un problème français et dans peu de temps, celui de l’Europe toute entière. Pour se différencier et se reconnaître entre eux, ils affichent  coiffures et   musiques particulières, s’affublent d’un uniforme composé d’un survêtement à capuche, utilisent un langage aux intonations spéciales, mélange de culture issue  des quartiers nord de Marseille et des banlieues parisiennes et lyonnaises - presque un patois national chanté, violent les filles (non voilées) en bande dans les caves, brûlent impunément les voitures et gagnent leur vie grâce à des trafics de toutes sortes n’oubliant pas au passage de frauder sans scrupule les allocations familiales. Notre “coiffé, rasé gratis à nos frais”, très cher Président de la République, n’a rien  trouvé de mieux que de leur faire attribuer 434 € par mois pour: “leur donner le courage de trouver du boulot ou un apprentissage et… de s’insérer dans le tissu social français et autres balivernes”… Pauvres jeunes victimes de la méchante société française qui abandonne ses propres enfants désœuvrés. Comment serait-il possible que ces derniers n’écoutent pas l’évangile coranique de l’iman du quartier et concrétisent leur rêve de partir en Syrie se battre aux côtés des djihadistes pour revenir ensuite en France et disparaître en morceaux, aller simple pour un paradis-bordel composé de jeunes vierges offertes à leur insatiable appétit sexuel (une augmentation de 84% soit près de 1500 Français ont quitté la France à destination des zones de jihad en Syrie et en Irak, en 2016, selon un rapport sénatorial publié ce mois-ci). Quant à leurs compatriotes, les autres Français, dits « souchiens » selon le langage châtié de l’égérie des Indigènes de la République Houria Bouteldja qui vit quand même grâce à ces « souchiens », ceux-là, ils les détestent sans retenue ainsi que leur drapeau, leur ordre social; seuls les djihads et l’islamisme ont crédit à leurs yeux, sans eux pas de sortie du ghetto dans lequel ils se sont enfermés.

La réalité est là. Pour eux, l’ascenseur social est à l’arrêt depuis longtemps, seule une petite minorité arrive à s’en sortir. Tous les autres, tous ceux qui trainent dans les rues et se regroupent en bande, subissent une vie de galère, ces pauvres jeunes urbains n’ont d’autre avenir ni d’autres ambitions que d’attendre le moment de remplacer cette vilaine société française dans laquelle ils n’ont pas leur place.

Un fait indiscutable souligne mon propos : tous les terroristes qui ont provoqué des attentats en France sont issus de ces bandes qui savent parfaitement s’organiser dès qu’un des leurs est « victime » de la Police. Face à ce péril, nos forces policières  ou nos militaires de la Gendarmerie montrent une grave impuissance, obligés qu’ils sont d’appliquer à la lettre et avec des moyens inadaptés, les consignes d’une politique incompétente, frileuse et donc impuissante. De ce fait, une réflexion s’impose quant à prendre des  mesures concernant ce problème de société et il est grand temps d’agir. Tous, nous savons que ce sont  ces jeunes gens-là qu’il faudrait, dans un premier temps, neutraliser. Nous entendons sonner le clairon de notre état de guerre, n’est-il point vrai que pour faire la guerre, il faut au moins être deux ! Jusqu’à quand continuerons-nous à n’être que des moutons élevés pour être égorgés fut-ce à la mode halal?

Sans réaction, l’actualité s’orientera obligatoirement  vers un futur sanglant, conséquence de notre passivité et d’un fatalisme pourtant réservé à d’autres. Nos contradictions et  notre lâcheté apparente nous entraineront vers la mort programmée de notre civilisation… Pas d’amalgame ? Évidemment ! Mais les musulmans seraient bien inspirés de faire montre de solidarité en occupant les rues d’une autre manière qu’en en faisant des mosquées à ciel ouvert…

Réveil !

 

CM

 

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Devoir de vacances et réflexions en vrac...

Publié le par Veilleurs

Avoir senti vibrer à l'unisson du mien, des coeurs exaltés par l'école d'énergie, de courage et d'humanité.

Avoir senti vibrer à l'unisson du mien, des coeurs exaltés par l'école d'énergie, de courage et d'humanité.

Rien ne me prédisposait à servir dans une carrière militaire et, maintenant que, l'âge aidant, je peux juger avec un peu de recul, je sais que ce choix était le bon et que le métier des armes était celui qui convenait le mieux à mon caractère. Je lui dois le privilège d’avoir passé ma jeunesse dans une atmosphère limpide et d’avoir senti vibrer à l’unisson du mien, des coeurs exaltés par l’école d’énergie, de courage et d’humanité. Mais, parlant d’humanité, j’aime donner une version de cette chose mise à toutes les sauces des discussions sans fin: "il n'y a point d'humanité moderne" disait Alain. “Il faut que le passé éclaire le présent, sans quoi nos contemporains ne sont à nos yeux que des animaux énigmatiques.” L’humanité n’est devant nous, comme idéal, que parce qu’elle est d’abord derrière nous, comme histoire, comme mémoire fidèle.

Le souvenir de ces années s’est gravé profondément en moi et le temps n’a pu l’affaiblir. Si un fardeau, une déception, aurait pu étouffer un moment mon enthousiasme à devenir légionnaire, c'est Dien Bien Phû et la guerre d'Algérie, mais les légionnaires ont été à la hauteur de l’impossible face aux décisions politiques, conservant intact le trésor de leurs souvenirs et le germe de leurs espérances.

Des diverses phases de ma vie de légionnaires, ce sont celles passées de 1976 à 1978 à Djibouti qui ont laissé en moi l’impression la plus forte et j’ai souvent tenté maladroitement d’évoquer l’extraordinaire ambiance de cette période d’avant, pendant et après l’indépendance de ce confetti de la corne de l’Afrique. Sans doute, ma peinture de la Légion est-elle assez différente de celle que la légende a popularisée, semblera-t-elle aussi décevante à certains beaux penseurs… et fortes têtes. En dépouillant le modèle des oripaux dont on le revêt habituellement, cela me permet de mieux montrer sa grandeur, dans la nudité de sa farouche mystique.

La Légion ne nous lâche plus quand nous avons goûté ses philtres, quelle passion nous avons pour elle et quelle dévotion profonde cachaient les masques de septicisme ou de moquerie, derrière lesquels s’abritait notre pudeur.

L’épanchement sentimental ne saurait être un fil conducteur, les problèmes de la vie quotidienne, les contingences du métier, tout s’estompe et paraît méprisable, tandis que s’impose une hallucinante réalité, celle d'une extraordinaire destinée humaine.

Simple pion sur l’échiquier du Roi, le légionnaire doit conserver ses forces intactes pour le service d’un pays qui n’est pas le sien et sa devise de fidélité dans l’honneur est celle de maîtres mots trop exigeants pour lui permettre de s’enivrer de liberté. A lui les âpres besognes chaque jour répétées…

Je lisais dernièrement quelques lettres écritent au lendemain de la Grande Guerre et l’une d’elles exprimait l’esprit des “anciens combattants” exprimé lors d’une conférence retentissante  à Clermont-Ferrand. L’auteur concluait par un code d’honneur de l'ancien combattant un peu comme notre code d'honneur de l'ancien légionnaire, une oeuvre de clarté écrite d’une plume intuitive qui pourrait être, encore aujourd'hui, d’actualité:

 

-       1: L’ancien combattant est attaché au pays qu’il a sauvé parce qu’il a souffert pour lui,

-       2: Il est pacifique parce qu’il connaît bien la guerre,

-       3: Il a le sens de l’action et se méfie des rhéteurs.

-       4: Réaliste dans l’idéalisme, il n’admet pas de dangereuses idéologies,

-       5: Il est ordonné par haine du désordre,

-       6: Il est constructeur, par haine de la destruction guerrière,

-       7: Il est ennemi du mensonge et a horreur du bourrage de crâne,

-       8: Il a le sens de l’intérêt général auquel il a plié le sien,

-       9: Il a un appétit d’autorité et de discipline consentie,

-       10: Ayant connaissance de la solidarité il a l’esprit d’équipe,

-       11: Grand partisan de la tolérance politique et religieuse il ne connaît pas de haines sociales,

-       12: Il sait assumer des responsabilités.

Les guerres ont réalisé le miracle de briser l’égoïsme. Certains de mes grands anciens me confiaient qu’au début de leur contrat, ils se sentaient si petits, si abandonnés, si anonymes qu’ils recherchaient le soutien de leurs camarades. "En temps de guerre, disaient-ils, tout ce qui faisait hier la raison d’agir ne comptait plus. A quoi bon, former des projets, puisque l’on ne savaient pas si l’on vivraient le lendemain ? La hantise de la mort poursuivait les cerveaux et la menace constante du danger maintenait dans les âmes le sentiment de la nécessaire solidarité, la guerre rapproche les esprits et le coeur plus que la paix…"

N'est-il point vrai que la guerre tue moins d'âmes que la paix ?

 

CM

 

 

 

 

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Attentats, notre quotidien ?

Publié le par Veilleurs

Attentats, notre quotidien ?

Je ne pouvais absolument pas réagir après l’attentat de Nice, mais une sourde colère m’envahissait à entendre et lire tout ce que les “y’a qu’à, faut qu’on” ne manquaient pas de commenter en donnant leurs avis faisant montre d’une récupération ignoble et opportuniste de l’événement.

Après avoir pris un peu de recul, je me suis dit qu’en fin de compte tout cela pourrait horriblement devenir une situation habituelle comme cela se présente pour de nombreux pays qui continuent néanmoins à vivre avec comme toile de fond à leur quotidien la permanence des attentats qui n’ont, même, plus besoin d’être revendiqués..

Je soumets à votre appréciation cette prière:

Paix à tous les hommes ! Les crimes  dépassent toute mesure; il y a trop de martyrs, trop d’innocents enlevés à la vie, trop de douleur… Seigneur, ne mesure pas la souffrance de toutes ces victimes au poids de notre justice; ne laisse pas non plus ces souffrances à la charge des meurtriers, pour leur faire payer une terrible facture. Que tout soit payé d’une autre manière inscris en faveur des terroristes, des criminels, des bourreaux, des délateurs, des traîtres et de tous les hommes de mauvaise volonté, enchaînés par le mal, le courage et la force spirituelle des autres, leur humilité, leur dignité, leur lutte intérieure constante et leur indicible espérance, le sourire qui étanche les larmes, leur amour, leurs coeurs brisés qui demeurent fermes et confiants à la mort même, oui, jusqu’aux moments de la plus extrême faiblesse… Que tout cela soit déposé devant toi, ô seigneur, pour le pardon des péchés, comme rançon pour le triomphe de la justice. Que le bien soit compté; non le mal ! Et que les victimes restent dans le souvenir de ceux qui les persécutent, non comme un cauchemar, non comme des spectres attachés à leurs pas, mais comme des soutiens dans leurs propres efforts pour détruire la haine et la furie de leurs passions criminelles. Nous t’en prions, Seigneur. Et quand toutes ces épreuves seront finies, donne la grâce aux victimes de guérir de leurs blessures, de renaître à la vie, hommes parmi les hommes et que la paix revienne sur notre pauvre terre, paix pour les hommes de bonne volonté et paix pour ceux qui te rejettent et se refusent à ton amour. Nous te prions pour eux, pour tous ceux qui ne croient pas. Touche leurs coeurs qu’ils te reconnaissent et qu’ils s’ouvrent à la vie”.

Cette prière a été retrouvée en Allemagne, dans un camp de la mort.

Aujourd’hui, nous sommes tous “Charly, Paris, Nice”, plus jamais ça” est hurlé, comme en 14-18…jusqu’à la prochaine fois …

Une semaine après l’attentat de Nice, la promenade des Anglais est restituée aux touristes et vacanciers comme si de rien n’était, certains n’hésitent pas à se doucher pendant qu’une minute de silence est dédiée aux victimes, le cours normal des journées estivales de l’été reprend son droit, on entend dire n’importe quoi, ainsi Nadine Morano qui propose curieusement de “terroriser les terroristes”.

En fait le sentiment d’impuissance domine, ne nous trompons pas de cible, un chat reste un chat et c’est bien la religion musulmane qui est instrumentalisée pour détruire notre démocratie.

Il est plus que temps que l’état d’urgence ne reste pas qu’un vain mot !

CM

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Bonnes Vacances à Tous

Publié le par Veilleurs

Retraite du légionnaire par Louis Perez Y Cid

Retraite du légionnaire par Louis Perez Y Cid

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Adieu, Adieu, O Bel-Abbés lieu vénéré de nos aïeux

Publié le par Veilleurs

Adieu, Adieu, O Bel-Abbés lieu vénéré de nos aïeux

Ephéméride de juillet:

 

Après 120 ans de présence, en juillet 1962, les légionnaires s’apprêtaient à quitter Sidi-Bel-Abbès à jamais. Avec une noble et martiale attitude qui les caractérise, ils tournaient à jamais le dos à leur terre de prédilection l’Algérie, sans un regard en arrière, les yeux fixés devant eux en chantant et en immortalisant la chanson d’Edith Piaf: “Non, rien de rien, je ne regrette rien!...”

Après l’octroi de l’indépendance, il y avait le défilé de la victoire des troupes que le FNL avait pu rameuter dans les environs. Ce jour là, les grilles du quartier Viénot étaient fermées, la sentinelle se tenait à l’intérieur, tous les légionnaires travaillaient.

Des heures et des heures, étaient passées et repassées les représentants du FLN devant les grilles en espérant que les légionnaires auraient assisté à cette démonstration de force.

Le 24 octobre 1962, les sept cents derniers légionnaires du 1er Etranger ont fait leurs adieux au quartier Viénot. Au musée, était accroché un grand drapeau pris aux pavillons noirs à Tuyen Quang en 1885 en Indochine. Ce trophée de guerre, le donateur, le capitaine de Borelli, auteur du poème: “A mes hommes qui sont morts” avait spécifié: “ce trophée ne devra jamais quitter Bel-Abbés, si la Légion part, il faudra le brûler ! “

La Légion garde pour elle ses sentiments, elle s’interdit de juger, d’apprécier… les nécessités politiques. Le destin offrait une cérémonie, une étrange liturgie: l’incinération d’un drapeau chinois. Ainsi ce soir là, sept cents hommes immobiles regardaient brûler une petit tas de soie, dans un silence absolu. Quand la dernière lueur s’éteignit, sept cents torches s’allumèrent… L’instant était solennel et surgissait du passé. tout un symbole diraient certains...

CM

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